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Charlie Hebdo et Roméo Castellucci: même combat

10 novembre 2011

Fascinant, quand même, que l'incendie criminel qui a ravagé les locaux de Charlie Hebdo après la publication d'une nouvelle caricature de Mahomet coïncide avec le moment où un groupe de catholiques traditionnalistes tentent d'interrompre chaque soir à Paris les représentations de Sur le concept du visage du fils de Dieu, la plus récente pièce de Roméo Castellucci. 

Dans les deux cas, l'image de Dieu est observée d'un oeil critique. J'ai vu le spectacle de Castellucci cet été au festival d'Avignon, et, bien qu'il ne soit pas évident d'interpréter la scène où des enfants lancent des grenades sur le visage de Jésus, on ne saurait y voir simplement un geste de souillure de l'image sainte. La séquence a lieu après une longue scène de dysenterie, où l'on observe un vieil homme perdre le contrôle de son corps et baigner (presque) dans sa propre merde: une situation d'indignité extrême. Le visage de Jésus en arrière-scène pose évidemment la question de Dieu: où donc se cache-t-il et quel réconfort peut-il offrir devant une telle situation? Mais il s'agit d'une réflexion théologique, d'un questionnement sur la foi, pas d'un simple geste iconoclaste. Castellucci a d'ailleurs répliqué ceci:

« Même la merde a été créée par Dieu, il faut l’accepter sinon on reste dans une dimension unidimensionnelle de Dieu. A partir de cette situation hyperréaliste, le spectacle devient peu à peu une métaphore de la perte de substance, de la perte de soi, qui est à  mettre en parallèle avec la condition du Christ, qui a accepté de se vider  de sa substance divine pour intégrer  la condition humaine jusqu’au bout – y compris la merde »

Quoi qu'il en soit, la presse française et européenne a saisi la balle au bond et cherche de plus en plus à favoriser la réflexion sur cette question, se demandant si l'intégrisme religieux n'est pas en train de devenir la plus grande menace à la liberté d'expression. Un ensemble très disparate d'articles et de lettres ouvertes, parfois plus proche de l'humeur que de l'analyse, mais je vous propose un petit tour d'horizon.

Les gros morceaux d'abord:

Ce texte (en anglais) de Simone Nebbia, du magazine italien TeatroEcritica, qui aborde la question selon l'angle artistique, faisant notamment des parallèles avec la réception du travail de Rodrigo Garcia.

Un entretien mené par Joelle Gayot (France Culture) avec Roméo Castellucci et Emmanuel Demarcy-Mota (directeur artistique du Théâtre de la ville à Paris)

Une émission complète sur la question, toujours sur France Culture. Laure Adler y reçoit également Romeo Castellucci et Emmanuel Demarcy-Mota, ainsi que la philosophe Marie-Josée Mondzain.

Et dans la presse quotidienne et hebdomadaire, ou sur les blogues:

Ici, sur le blogue de l'écrivain et historien Thierry Savatier, publié sur le site web du quotidien Le Monde.

Ici, un édito de Jean-Marc Adolphe dans Mouvement

Ici encore, une mise en perspective de la critique Marie-Josée Sirach, de L'Humanité

Ici, une réflexion du sociologue Jean-Marie Charon, dans le Nouvel Obs

Ici, dans Le Monde, un début de réflexion sur le phénomène de la christianophobie

Et, ici, pour un autre son de cloche, un point de vue divergent

Bonne lecture!

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Sur le concept du visage du fils de Dieu, mise en scène de Roméo Castellucci
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La une de l'avant-dernier numéro de Charlie Hebdo
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