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T’en souviens-tu, Pauline? : Prenez-moi comme je suis

Lucie Renaud / 14 avril 2014

«Prenez-moi comme je crie, quand je crois que je chante.» On l’a peut-être déjà oublié, mais Pauline Julien, en plus de connaître une carrière stellaire, était de tous les combats, pour la condition des femmes, la naissance d’un pays, la dignité dans la maladie, choisissant de prendre de vitesse une aphasie dégénérative qui la privait de son essence même.

Dans T’en souviens-tu, Pauline?, spectacle protéiforme qui séduit autant qu’il déroute, le personnage aux multiples facettes, mais surtout la femme portée par ses convictions, pétrie de contradictions, devient égérie, voix de ce Printemps érable qui n’a pu entièrement s’assumer, mais aussi confidente d’Audrée, double de la comédienne et auteure du texte.

Audrée Southière refuse pourtant de signer un spectacle hommage nostalgique (à en juger par l’âge de ceux présents dans la salle ce jour-là, tous avaient visiblement déjà entendu la chanteuse sur disque ou en concert), mais on ne peut que vibrer quand elle entonne certaines des chansons de Pauline Julien avec une intensité remarquable et un grain de voix qui trouble et fait mouche.

Elle souhaite que l’on puisse «entendre Pauline au présent», mais se sert également du personnage de la chanteuse pour exorciser le souvenir du silence de sa propre mère. La perte de mémoire de l’une devient perte de parole de l’autre et déni identitaire d’un peuple. La boîte noire qui suggère aussi bien un cercueil qu’un piano, qui se transforme à l’occasion en scène, reste d’ailleurs une belle trouvaille scénique. Que l’on joue, que l’on chante ou que l’on meure, on le fait toujours «seul de toute façon».

En juxtaposant d’un même souffle un propos féministe, social et nationaliste, en mêlant photos et archives radiophoniques d’époque à des projections vidéo déstructurées (évoquant l’aphasie de l’artiste), le tout passé dans le miroir aux alouettes de l’autofiction, Audrée Southière et Mathilde Addy-Laird ont peut-être ratissé trop large, surtout compte tenu de la durée du spectacle (à peine une heure).

Pourtant, il y a dans cette production quelque chose d’indéniablement réussi. Une volonté de vouloir faire changer les choses, un refus du statu quo, une nécessité de se mettre en danger. On se surprend, des heures après, à chantonner Le rendez-vous. «Où vont aussi les mots qu’on n’a pas pris le temps d’entendre / Et l’amour inconnu que nul n’a découvert.»

T'en souviens-tu, Pauline?

Texte d'Audrée Southière. Mise en scène de Mathilde Addy-Laird. Une production du Théâtre Acharnée. Au studio d'Espace Libre jusqu'au 19 avril 2014.


© Toma Iczkovits
© Toma Iczkovits
© Toma Iczkovits
© Toma Iczkovits