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ÉTIENNE BOURDAGES
Quelques réflexions sur l’adolescence et sa place au théâtre

L’âge ingrat?
L’adolescent est oisif, insouciant, irresponsable, effronté, bruyant, égocentrique, bohème, accro du cellulaire, voire drogué, ses préférences se fondent sur la mode plus souvent que sur des initiatives personnelles. Voici, on peut l’affirmer sans trop se tromper, le portrait type de ce qu’une bonne majorité de la population adulte perçoit comme une société marginale. C’est en effet parce qu’elle ne cède pas aux normes sociales que l’adolescence est considérée comme une période trouble, de crises inévitables, presque une maladie. Pourtant, il s’agit d’une construction culturelle plutôt récente découlant en grande partie du prolongement de la vie scolaire au-delà du primaire et qui retarde ainsi de manière artificielle le passage officiel d’un individu à la maturité. Il y a un ou deux siècles, on devenait adulte bien avant d’atteindre 20 ans. L’adolescent n’est plus un bébé, mais ce n’est pas non plus un adulte petit format à l’image des sculptures antiques qui représentaient les enfants comme des hommes miniatures. Définir l’adolescence, c’est aussi délimiter la période transitoire charnière que d’aucuns envisagent comme un moment de liberté romantique unique. Entre l’enfance et l’âge adulte, entre la dépendance totale aux parents et l’autonomie ou la prise fatidique de responsabilités et la routine , s’écoulent quatre, cinq ou six années, c’est selon, où chacun se conçoit doucement un monde qui lui est propre, où tout semble possible et son contraire. D’autres retiendront les heures difficiles à tenter de faire des choix, à appréhender autrui et l’avenir, ou bêtement passées devant le miroir à apprivoiser les changements physiques de l’âge ingrat. Car, effectivement, ce qui démarque l’adolescence de l’enfance et de la vie adulte de manière encore plus concrète que la simple évocation de l’école secondaire, c’est l’accès à la sexualité à travers les transformations physiques occasionnées par la puberté. Ce n’est donc pas se leurrer que d’y voir une étape décisive.
La suite dans Jeu 128...

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